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Cesaria Evora - Nha Sentimento
Écrit par Fabrice    Vendredi, 30 Octobre 2009 00:00    PDF Imprimer Envoyer
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Cesaria-Evora-Nha-Sentimento

Trois ans après « Rogamar », la chanteuse capverdienne revient avec « Nha Sentimento », un album à la fois grave et léger qui sortira le 26 Octobre 2009. Victime d’un accident vasculaire cérébral en 2008 lors de sa tournée australienne, Cesaria poursuit malgré tout son chemin. A 68 ans – elle est née le 27 août 1941-, sa voix est certes plus distante et un peu moins souple que par le passé, mais elle reste toujours ancrée dans les émotions qui ont fait sa renommée universelle, véritable Billie Holiday créole de la seconde partie du vingtième siècle.


Sur ce nouvel opus, les coladeras ont pris le pas sur les mornas. Réalisé par Nando Andrade et produit par José da Silva, « Nha Sentimento » porte en lui des émotions profondes, que ne sauraient dissiper des morceaux apparemment légers, mais souvent graves dans leurs thèmes, où la joie de vivre l’emporte souvent sur le chagrin, le regret et le désir. Quand ce n’est pas le cas, les paroles traduisent un fatalisme îlien que Cesaria fait immédiatement sien, pour avoir si bien vécu ce qu’elle chante, à l’image de Vento de Sueste, une morna qui renvoie à des sentiments dont elle ne s’est jamais départie.
Zinha est un des titres les plus enlevés de l’album. Léger, il dissipe les émotions fortes, tout en incitant à la danse. Comme sur la majorité des titres de l’album, Cesaria est servie par un délicat travail percussif signé Tey Santos. Héritier de la scène musicale capverdienne des années 1950 et 1960, il apprit à jouer avec les musiciens de cette époque, qui lui ont transmis leur savoir.
On retrouve dans son jeu une certaine nostalgie de ces années dorées. Véritable passeur, il perpétue une manière de jouer qui n’existe plus guère mais qui sied parfaitement à la voix de Cesaria qu’il avait déjà accompagnée sur l’album « Mar Azul », qui la révéla au monde en 1991. Tout en finesse mais très présente, sa manière de jouer est l’une des clés du disque. Le réalisateur et pianiste Nando Andrade la met en avant, accentuant ainsi le sentiment de nostalgie, alors que le jeu plus moderne de l’autre percussionniste Miroca Paris n’apparaît ici qu’avec parcimonie.
L’autre sommet de « Nha Sentimento » est Ligereza, où l’on retrouve l’accordéon de Henry Ortiz, enregistré à Bogota. Cette chanson possède un charme immédiat, comme la légèreté d’une brise d’été. Celui-ci apporte une touche latine à cette mélodie capverdienne, donnant l’impression que l’on a toujours connu ce morceau.
Le chant de Cesaria fait totalement corps avec la production et les musiciens qui l’accompagnent. Elle ne s’est en effet jamais autant investie dans un enregistrement qu’ici, travaillant en étroite collaboration avec Nando. A son meilleur niveau émotionnel, elle retrouve l’intensité et la qualité de ses plus belles années.
Si elle privilégie sur cet album les morceaux plus entraînants, Cesaria ne délaisse pas pour autant le style musical qui a bâti sa réputation. Les trois mornas de l’album, Vento de Sueste, Sentimento, Mam’Bia E So Mi, bénéficient d’arrangements de cordes égyptiennes signés Fathy Salama, qui dirige le Grand Orchestre du Caire. Ce rapprochement naturel souligne le fait que la morna aurait des racines arabes, via la musique arabo-andalouse, selon les assertions du musicologue Vasco Martins et de l’auteur Manuel de Novas.
Un morceau comme Mam’Bia E So Mi renvoie ainsi aux grandes heures d’Oum Kalsoum et d’Abdel Halim Afez par la grâce d’arrangements de cordes lumineux. Ponctuée d’accents nouveaux, la voix de Cesaria se pare d’autres couleurs. Le bleu et le vert capverdiens deviennent ici pourpres et mordorés alors que son élégance vocale va à l’essentiel et fait toujours mouche.
Allègre, Esperança di Mar Azul renoue avec des thèmes familiers, alors que les percussions font respirer le morceau et que l’accordéon de Régis Gizavo le nimbe d’une subtile touche mélancolique. Composé par Teofilo Chantre, Esperança di Mar Azul est un titre plein d’espoir, mais aussi emprunt d’une éloquence toujours vive. « L’espoir de la mer bleue/ Porte ceux qui croient en leur amour » chante-t-elle aux amoureux, en direction des embruns atlantiques, du vent et du soleil.
Fidèle à son habitude, Cesaria s’en remet au destin, à l’image de Fatalidade, aux chœurs doux-amers. « Travaille, lutte et chante/ Arrose ta vie avec la sueur de ta joie/ Toute fatalité cessera/ Et ton jour viendra, oui ton jour… » chante-t-elle, comme si son jour avait toujours été là, sans jamais regarder en arrière. Cette manière d’avancer en regardant droit devant soi, quels que soient les obstacles, reste l’une de ses qualités principales, en dépit de tous les accents nostalgiques qu’elle peut mettre dans son chant.
Au gré de ces quatorze chansons signées essentiellement Teofilo Chantre et Manuel de Novas, Cesaria célèbre une nouvelle fois son pays, à l’image de l’éloquent Verde Cabo di Nha Odjos, un poème co-écrit par Luis Pastor et Teofilo Chantre. « Vert Cap de mon regard/ Mindelo de mes gloires/ Je veux mourir dans ton vert/ Et vivre dans tes chansons ». On ne peut rêver de meilleure épitaphe pour les morceaux de « Nha Sentimento ».

Source : Editeur

Liste des titres de l'album :

01 Serpentina

02 Verde Cabo Di Nhas Odjos

03 Vento De Sueste

04 Ligereza

05 Zinha

06 Fatalidade

07 Esperança Di Mar Azul

08 Sentimento

09 Tchom Frio

10 Noiva De Ceu

11 Holandesa Co Certeza

12 Resposta Menininhas De Monte Sossego

13 Mam'bia E So Mi

14 Parceria E Irmandade

15 Gaivota Pa Voa

Le site officiel : http://www.cesaria-evora.com/


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